13 avril 2014

Un tas d'histoires


De retour d’une triomphale tournée à Barcelona (Catalunya), l’Echo des Mattes en a rapporté quelques images pieuses, mais pas que, comme on dit à cette époque où l’œuf et la poule abondamment chocolatés s’affichent dans n’importe quel ordre aux vitrines des confiseurs.

Subjugué par cette pièce au point
d'en avoir "oublié" de prendre des photos
Mais revenons-en au sujet principal: le spectacle vivant comme on l’aime ici. Très bonne pioche en cette fin de semaine avec une soirée remarquable samedi à l’Espace Culturel des Corbières de Ferrals où la compagnie parisienne « Mises en Capsules » présentait « le Porteur d’Histoire ». Un récit fabuleux où l’Histoire s’éparpille en une suite d’histoires où il est question de trésors, de cimetières, de sahara et de mystérieuses bibliothèques. On y voit cinq comédiens époustouflants incarnant une foultitude de personnages qui vont et viennent dans le temps et l’espace par la grace d’une scénographie chorégraphiée avec une minutie horlogère et une économie de moyens déconcertante. Le très beau texte de Alexis Michalik est sublimé par sa mise en scène haletante qui offre le rythme et la précision d’un montage cinématographique avec ses flashes-back, ses fondus enchaînés et ses effets numériques faits maison (ah, l’avion qui décolle!…) Aussi si je vous dis que c’était la dernière représentation de ce chef-d’œuvre, je crains que les larmes ne vous montent aux yeux pour avoir manqué un tel évènement. Alors vite un conseil: ne ratez pas les prochaines créations de cette compagnie surdouée en consultant leur programmation sur leurs site (cf plus haut)

Pinocchio par les Philosophes Barbares, présenté par l'ATP de l'Aude
Dans un tout autre registre, une autre bonne surprise ce dimanche en matinée au Theâtre Jean Alary de Carcassonne avec une très jolie adaptation de « Pinocchio » pour les enfants - mais pas seulement - par les « Philosophes Barbares », une compagnie audoise qui gagne à être (encore plus) connue. Là encore les quatre comédiens passent d’un personnage à l’autre avec une aisance étonnante, que ce soit par le jeu corporel ou par le biais de marionnettes très réussies. Un beau dimanche pour la saison et que vive le spectacle!

19 mars 2014

Quand on est deux amis

Gianfranco Buffa et Claude Marti à Carcassonne (théâtre Jean Alary)
....où l'on put voir aussi Gérard Pansanel jouant de 2 guitares à la fois !
Soirée entre amis hier mardi au théâtre Jean Alary de Carcassonne. Au menu: des spécialités franco-italiennes, mescladis de langues sauce piquante à la méditerranéenne. Des langues belles qui semblent destinées depuis toujours à être chantées tout autant que parlées. Des langues sœurs, qui exaltent le courage et le partage. Aux fourneaux: deux amis de longue date, à ma gauche Gianfranco Buffa, le plus montpelliérain des siciliens, à ma droite Claude Marti l’occitan de Couffoulens, co-prince faydit d’Aragon. Un match amical Marsala-Marselan en quelque sorte… Les deux compères s’échangent les chansons comme on se passe les plats: « goûte celle-là, tu m’en diras des nouvelles ». Autour de la table de nombreux invités de marque parmi lesquels Trénet, Brassens, J.B. Clément, Kessel et j'en passe... Chacun a apporté un petit quelque chose: des fruits de mer, des cerises, du vin rouge, du riz du Piémont… Le tout servi avec élégance par les maîtres queux Pansanel, Peyras, Simon et leurs instruments.  Evidemment le public fut chaleureusement convié à s’en mettre plein la lampe, ce que nous fîmes avec délectation. C’était même tellement bon qu’on en reprendrait bien un peu plus…

Samedi dernier à Montséret, la Compagnie Quiproquo présentait la première de « Accalmies passagères», une pièce de Xavier Daugreilh. Le talent des cinq comédiens et la mise en scène enjouée de Isabelle Legendre devraient sans nul doute assurer succès et longue vie à ce spectacle

3 mars 2014

Par monts et carnavaux

La bande lo Tivòli, dimanche 2 mars à Limoux
Promeneurs de tous les pays, si vous aimez les jolies balades bucoliques en auto, vous adorerez les petites routes des Corbières. Leur gabarit et leur tracé n’a que peu évolué depuis le temps des cathares. Pareil pour les magnifiques paysages traversés. D'où l'intérêt de prendre son temps et d'avoir le pied léger car tout croisement avec un autre véhicule est un évènement certes rarissime mais qui exige sang-froid et virtuosité. Il n’est pas non plus inutile de prévoir un volant de rechange dans le coffre au cas où les cinquante virages au kilomètre que vous vous apprêtez à négocier usent prématurément celui d’origine.
Parmi ces départementales du vertige une de mes préférées est la D110 qui relie le Val de Dagne au Val d’Atax* via ceux de l’Alberte et du Lauquet. C’est celle-là qu’on prend pour aller à Limoux acheter du bétail, de la blanquette (ancestrale) ou assister à la sortie d’une "bande" de carnaval. Le carnaval de Limoux dure quatre mois et c’est le plus long du monde (voir le programme 2014). C’est aussi le plus beau et le plus authentique (chauvin toi-même!) Hier dimanche c’était la bande lo Tivòli qui animait la place de la République (voir la photo) Magnifique, n’est-il pas?

* il paraît qu’il est plus tendance de dire "Aude" aujourd’hui, moi je veux bien


La compagnie Singulière présentait vendredi dernier au Centre Culturel des Corbières de Ferrals un spectacle mi-cirque mi-théâtre prénommé Apartés. Personnellement j’y ai retrouvé avec grand bonheur quelques fondamentaux du café théâtre originel fort habilement revisités - la vraie fausse impro, le jeu avec le public, le second degré poussé à l’extrême - plus quelques trouvailles de génie comme cet appareil photo incontrôlable qui envoie des images partout. Dès que vous les apercevez près de chez vous courez-y, vous n’imaginez pas encore combien vous vivrez mieux après

23 février 2014

Mon pote Chabert

Aujourd'hui: le château de Quéribus. Au loin Peyrepertuse, vu de la terrasse
Aujourd'hui, comme tous les 23 février, on était invités à manger chez Chabert (de Barbaira) à Quéribus. Bon je l'aime bien Chabert mais il faut bien reconnaître que chaque année c'est un peu plus la galère. D'abord il faut monter à pied au château, à nos âges c'est pas rien (plus de 700 m), ensuite on mange mal: des fèves, des bouillies, du pain noir. Moi la cuisine végétarienne cathare c'est pas franchement ma tasse de thé, mais pour ne pas vexer Esclarmonde on est bien obligés de faire bonne figure "Vous reprendrez bien un peu plus de topinambours au fenouil?" "Non merci Clacla, ils sont excellents mais je garde un peu de place pour les gratte-culs à la mélasse du dessert " Ensuite il se fait vieux le Chabert, il ne parle plus que du passé, le siège de Majorque bien sûr - "plus de cinq cents sarrasins que j'ai aplatis. Comme des crêpes! - mais surtout, surtout, il ne digère pas d'avoir été dénoncé à Saint-Louis par son bien-aimé fils spirituel: "Qu'est-ce que je lui ai fait à Olivier (de Termes), hein pourquoi il m'a trahi ce petit con, pourquoi?" "Tu sais Chabert les jeunes de l'époque ils n'avaient déjà plus les mêmes valeurs que nous. C'était en 1255, oublie ça maintenant" lui rétorque-je. "En 1255? Tu es sûr? C'était pas en 1942?" Il perd un peu la tête mon copain. Bon heureusement il faisait beau, doux et brumeux, on voyait bien les falaises de Leucate mais pas trop les Pyrénées. C'est vrai que je l'aime bien Chabert, mais en fin de compte, le voir une fois par an, ça me suffit largement

21 février 2014

Locomotive d'Or

Dans la famille Locomotive: Emile et Célestin à l'ECC de Ferrals les Corbières
La famille Locomotive est une fratrie turbulente qui pratique le théâtre forain et la musique de rue depuis quelques années en région Languedoc. Hier soir l’IEO (Institut d’Etudes Occitanes) avait convié deux d’entre eux, Emile et Célestin, pour une soirée contée à l'Espace Culturel de Ferrals. Un de ces moments précieux où, dans les veillées d’hiver d’antan, on se racontait avec une emphase bien maîtrisée la magie du quotidien et l’extravagance des choses simples. On y apprend comment apercevoir les lutins de la Saint Jean d’été au coin d’un bois ou sur le chemin des estives, que les chèvres aiment être caressées entre les cornes et bien d’autres choses utiles encore. Comment surtout la terrible Montagne Noire accoucha d’une petite souris, laquelle estropiée par la fureur de sa génitrice fut soignée par un sorcier prothésiste de passage.
Emile (Grégoire Albisetti) déploie des trésors de fougue et de tendresse pour raconter ces jolies histoires fabuleuses tandis que Célestin (Jean-Marc Parayre) les décore musicalement avec sa panoplie d’instruments rares et toute la virtuosité et l’humour qu’on lui connaît. Une heure de bonheur, de poésie et de sourires partagés, merci Messieurs. Au plaisir de vous revoir aussi chez Glädja Quatuor et dans la Fanfare Toto.

9 février 2014

Le soir des Madeleines

Pyrénées blues et mer d'argent: l'hiver méditerranéen aujourd'hui à la Nouvelle
Je ne sais pas vous, mais moi j’adore les Madeleines. Rien à voir avec les gâteaux, ni avec Mister Proust qui me tombe toujours autant des mains. Les Madeleines sont un groupe  catalano-languedocien composé d’une seule fille, Maya (de Tordères), qui chante pieds nus - et qui joue du saxhorn - accompagnée par six mecs musiciens avec des chaussures. Six mecs pour elle toute seule, la chance qu’elle a ! Et nous aussi puisque ça fait quelques années qu’ils n’étaient pas venus jouer dans notre Val. Ce fut chose faite samedi soir grâce à l’Abribus Montlaur et à sa fameuse journée dédiée aux Cultures du Sud. Au menu: tagine fait maison, glace et madeleines, bien sûr. On a dansé jusque tard dans la nuit. Si vous n’avez pas pu venir ou que vous rêvez de revivre quelques minutes de cette soirée magique, cette video-souvenir est faite pour vous. Un souvenir au goût de madeleine bien sûr...

 

25 janvier 2014

Ciel gris, chapeau rouge, arth-rose

Le Val au matin du 17 janvier: un premier jour sans Anne
Le mois de janvier touche bientôt à sa fin et je ne vous ai pas encore souhaité la bonne année. Alors voilà qui est fait « Bonne année » à tous et bonne santé SURTOUT, comme on dit chez nous, en justifiant l’adverbe par quelques considérations pseudo-philosophiques sur les alea de l’existence, la suprématie du bien-être sur le trop-vouloir-en-avoir, et cætera. A dire vrai si j’ai quelque peu délaissé l’Echo ces derniers temps c’est qu’il ne s’est pas passé grand’chose de culturel et festif à l’horizon grisailleux des basses Corbières. Et que cet an 14 du millénaire a bien mal commencé avec la disparition de la première amie à manquer à bord de notre bateau sur la grand’mare des canards. Adisiatz Anne…

Du Bartàs au Chapeau Rouge
Enfin hier soir, j’ai honte de l’avouer, c’était mon premier Chapeau Rouge (1). Les Du Bartàs à la Trivalle vous pensez bien qu’on ne peut pas rater ça. Ne serait-ce que pour entonner la chanson éponyme avec eux. Seulement voilà: tout ça se mérite. Une demi-heure d’attente sous la pluie battante et glacée en attendant que les portes s’ouvrent, en retard. Ensuite entrée parcimonieusement accordée avec accueil vigilesque digne des grands zéniths. Pour ce qui est de la salle me revoilà plongé plus de quarante ans en arrière, au (bon) vieux temps des hangars de la Cartoucherie de Vincennes. En beaucoup plus petit - et sans Mnouchkine ou Savary, hélas. Obscurité quasi totale, terrasse enfumée, rien pour s’asseoir (oh encore merci Pascale pour la chaise!) incontournable éclairage de scène en contrejour rouge et jaune, j’ignorais que ce qui relève de l’archéologie culturelle beatnik du siècle dernier était encore vivace au pied de notre chère Cité. Et forcé de reconnaître aussi qu’avec l’âge et l’arthrose, c’est moi qui le suis désormais beaucoup moins (vivace). Pour ce qui est de « Du Bartàs » ils sont évidemment toujours aussi bien, voire mieux (mais où s’arrêteront-ils?) et de plus en plus portés sur de longues séquences de « batucadas » jubilatoires. Au détriment parfois des textes, mais je dis ça uniquement pour être un petit peu désagréable, sinon on va dire que je flagorne encore (2)

(1) salle de spectacle de la rue Trivalle à Carcassonne
(2) en deuxième partie il y avait aussi le groupe gascon « Artus » (ex familha Artus)



15 décembre 2013

Nadalèt

Pour ceux qui ne parlent pas l’occitan, ou qui le parlent sans le comprendre, Nadalèt signifie « le petit Noël ». "Un petit noël, oh mais qu’ès aco?" ne manquerez-vous pas de me demander. Un gentil cadeau? Pas du tout. A compter du 13 décembre, jour de la Sainte Lucie la bien nommée, les jours commencent à allonger un peu d’où le proverbe «A la Sainte Luce les jours croissent d’un saut de puce ». Et vous de me rétorquer: "ouiiii mais alooors, le solstice d’hiver du 21 décembre, à quoi c’est qu’il sert, bordel?" (l’ajout de « bordel » est facultatif) Alors je vais vous répondre, étant donné que euh… e=mc2 et u=ri donc… enfin c’est un peu compliqué, car à vrai dire les jours n’augmentent pas vraiment, ils diminuent même le matin mais ils se dilatent un peu plus le soir parce qu'ils ont tendance à vouloir chercher midi à quatorze heures… Tout le monde suit? Non? Bon eh bien, z’avez qu’à consulter un site spécialisé sur le problème
Retournons maintenant à Olonzac, dans le Minervois, un pays qui produit de très bons vins (presque aussi bons que ceux des Corbières) et où, depuis les gaulois, on fête toujours Nadalèt en déambulant dans les rues du village avec des flambeaux et en chantant de place en place de belles chansons occitanes. Ensuite on rentre à la salle des fêtes, on boit un vin chaud (exquis) et après on mange le repas succulent que la calandreta « los Cascamels » de Trausse Minervois a mitonné avec amour. Enfin, à l’invitation de Laurent Cavalié (Du Bartas), des groupes de musiciens venus espécialement des quatre coins de l’Occitanie offrent un petit tour de leurs chants à eux jusqu’à ce que à la fin, en apothéose, tous les musiciens chantent de conserve quelques morceaux qu’ils ont travaillés ensemble en résidence pour l’occasion. C’est ça Môssieur, l’esprit Nadalèt.

Quelques instants magiques du Nadalèt d'Olonzac

Vendredi dernier, 13 décembre, il y avait du théâtre à Fabrezan à l’initiative de la dynamique association Vacarme. Une pièce justement intitulée « Vendredi 13 ». On aurait voulu le faire exprès qu’on n’y serait pas arrivé! Trois personnages dont la soirée est perturbée par les heurs et malheurs engendrés par la date fatidique. Une comédie enjouée et pleine de rebondissements comme on les aime…