20 septembre 2014

Planches et plafonds

ECC Ferrals: la saison 2014-15 dévoilée
Jeudi 18. Tous les aficionados audois de culture avaient mis un nœud à leur mouchoir (et pas le contraire NDLR) pour ne pas rater l’annuel rendez-vous de l’Espace Culturel des Corbières de Ferrals où était (enfin) révélé le programme de la saison 2014-15. Une fois encore, en présence et avec le soutien bienvenu des élus du lézignanais, Dominique Grimault déroula le menu alléchant de nos soirées à venir (cf. agenda).
Quelques agapes plus tard, premier spectacle de choix avec Romeo et Juliette version Alexis Michalik. Il y a eu autant d’adaptations scéniques et filmiques de cette pièce depuis la Renaissance que de cèpes en Lozère durant la même période. Quelques-unes plutôt réussies et beaucoup de (très) ratées. Alors évidemment on ricane doucement, on l’attend au tournant le Michalik! Seulement voilà: rien à dire, on reste là bouche bée, émerveillé comme un gosse. Il est doué ce jeune! Je dirais même que quand le talent et l’intelligence se conjuguent à ce niveau-là, le théâtre nous procure de nouveau l’intense bonheur dont certaines avignoneries branchées nous avaient privés depuis belle lurette.
D’abord, jouer cette pièce avec juste trois comédiens - à défaut de créer de l’emploi d’intermittents - tient de l’exploit dramaturgique et sportif. Ensuite raccourcir ce beau (mais très long) texte est un travail délicat surtout quand on se permet en plus de lui coller quelques digressions, privautés et autres clins d’œil avec le public (et il ne se gêne pas le bougre!). Mais là encore c’est un sans faute. Le grand Willy n’aura pas à se retourner une fois de plus dans sa lugubre tombe de Stratford-upon-Avon. La drôlerie, la faconde, l’émotion, l’extravagance, la poésie de son œuvre sont bien là, intactes. Et même fort habilement exaltées. Bravo Monsieur Michalik, et surtout revenez à Ferrals quand vous voulez. Le jeudi 7 mai 2015? Avec « le Cercle des Illusionnistes »? Mais pourquoi pas, ce sera avec grand plaisir !


Romeo et Juliette par Alexis Michalik et ses collègues. Mieux serait probablement insoutenable

Vendredi 19. On connaît Lagrasse pour son abbaye (appelée communément l’abbaye de Lagrasse. NDLR) pour sa halle et son vieux pont, pour ses ruelles étroites, ses vestiges de remparts et ses maisons médiévales, mais on connaît moins Lagrasse pour ses plafonds peints. Voilà cette lacune comblée depuis que la municipalité, avec l’aide des collectivités locales, de la RCPPM et de la DRAC (mais aussi du CRIC, du CRAC et du PATATRAC. NDLR) a eu l’heureuse initiative de sortir de l’ombre et de sauver de la destruction ces fragments d’art populaire, réalisés entre le XIII° et le XVI° siècle, qui représentent avec grâce et humour des scènes de la vie quotidienne d’avant facebook. Bon nombre de ces petits chefs-d’œuvre font l’objet d’une exposition qui a été inaugurée en grande pompe ce vendredi à la Maison des Mémoires (ancien presbytère).


Une visite désormais obligée pour tous les amoureux d’art et d’histoire médiévale et tous les gourmands de patrimoine local. Cette soirée de vendredi se prolongea agréablement par un bref mais beau concert d’orgue à l’église (petit extrait ci-dessous)

puis par la projection sous la Halle d’un passionnant documentaire (ben sur les plafonds peints, tiens) et enfin par un succulent buffet apérotatoire sur la place de la Bouquerie (ô souvenirs) baignée par l’exceptionnelle douceur de l’arrière saison. Encore bravo à Lagrasse, à ses édiles et à ses producteurs de vins pour avoir mis les petits plats dans les grands pour ce prélude très réussi aux journées du patrimoine

27 août 2014

Fins de fête


Les dernières fêtes de l'été seraient-elles les plus belles?

TAURIZE: concours de pétanque derrière l'église et repas sous les lampions. What else?

La fête à Taurize est le rendez-vous chaque année des plus belles moules, des meilleures frites et de la grillade la plus conviviale de la Région Languedoc-Roussillon. Tout ça grace à un comité des fêtes remarquable par son efficacité et son sens de l’accueil. "Et tu danses, danses, danses, jusqu'au bout de la nuit..."
Hier soir à Ladern sur Lauquet, c’était le buffoli. Tous les ans je vous en parle mais pour les petits nouveaux ou ceux qui n’ont pas bien suivi je recommence, avec tout d’abord un peu d’histoire. Contrairement aux billevesées qui rapportent que ce serait une ancienne tradition carnavalesque qui remonterait au moyen-âge, il faut bien préciser que le buffoli est né à la fin du XIX° siècle à l’initiative de deux frères issus de l’immigration italienne: Bernardo et Geraldo Buffoli, d’où son nom. Le premier fabriquait des chemises de nuit et le deuxième des soufflets et comme ils s’ennuyaient à Ladern le dernier mardi du mois d’août, ils eurent l’idée de déambuler dans les rues du village avec les attributs de leurs professions. Des villageois se joignirent à eux, créant une farandole qui constitua le tout premier buffoli, le mardi 28 août 1894, il y a 120 ans. La tradition disparut pendant la guerre de 14 mais fut réhabilitée en 1922 dans sa forme actuelle par le baron Patric de la Tour de l’Ase à qui l’on doit aussi l’invention de la coulisse du trombone.

(en haut) Certains en profitent malheureusement pour prendre des postures obscènes (en bas) C'est parti pour une heure de cavalcade au rythme des musiques des fecos
Et pour finir le début de ce très beau poème de Gérard Rinaldi « c’est la fin de l’été, je suis seul sur la plage, dois-je rentrer à pied, ou à la nage ?» Bonne rentrée à tous.



11 août 2014

L'éclair luit, Delteil rit

Jordi Savall à Villar-en-Val *
* voir la video associée: les Voix Humaines de Marin Marais à Villar, en cliquant sur ce lien

Il suffit parfois de la magie d’une soirée d’orage et d’une fée nommée Magali (1) pour que des rêves insensés prennent corps. Celui de voir Jordi Savall jouer du Sainte-Colombe en pleine garrigue à deux pas de l’ostal par exemple...
Bon c’est vrai si j’avais voulu, j’aurais pu pousser jusqu’à l’abbaye de Fontfroide où il anime avec bonheur une série de concerts estivaux, mais c’est pas tout à fait la même chose.
Ici j’avais vraiment l’impression qu’il jouait rien que pour nous, pour les pins tordus et les figuiers tranquilles, pour le silence des collines, pour les papillons de la nuit zébrée d’éclairs.
La splendeur originelle, la vibration de la corde, essentielle, intacte depuis la nuit des temps. Le sourire de bois de la figure de proue de la viole, antique muse doucement bercée sous les étoiles.
Et chacun put constater par lui-même combien le ciel a respecté jusqu’au bout la musique du maître pour avoir attendu la fin de la résonance de la dernière note et la révérence du dernier salut avant de déchaîner ses foudres. En vérité je vous le re-redis, il y a bien de la magie là-dessous.

(1) Magali Arnaud, maire du Villar-en-Val, vice-présidente en charge de la culture à Carcassonne Agglo, organisatrice de la "Grande Deltheillerie" depuis 20 ans


Retour à Villar-en-Val dimanche soir pour la dernière session 2014 avec Nilda Fernandez et quelques invités « surprise ». Dommage que le génial auteur de « Madrid Madrid » n’ait eu le temps de nous offrir que deux chansons de son répertoire, après une émouvante interprétation de « Quand les hommes vivront d’amour » par le duo de charme Julos Beaucarne / Graeme Allwright et une vibrante version a capella du « Boièr » par Mans de Breish (voir un bout de video)
L’orage, une fois encore, arriva de la mer au galop. Mais Jupiter, en fin mélomane, se montra bien plus impitoyable que pour Jordi Savall. Après quelques gouttes de semonce, une averse rageuse coupa court à une suite de chansonnettes egocentrées - où rimes riches et mélodie pauvre se mariaient pourtant à merveille - et ramena les guitares dans leurs étuis et le public vers leurs automobiles.
Ainsi s’acheva prématurément cette édition 2014 de la Grande Deltheillerie, qui restera, malgré la météo capricieuse, une très très belle cuvée.
Il reste maintenant à supplier les organisateurs de penser déjà à la formule 2015 qui nous réunira, pour la vingt et unième fois, dans ce champ du bout du monde où tout reste encore possible.

8 août 2014

Je loue l'août

Je loue l’août qui nous apporte son content de chaudes soirées et de festivals en plein air même si cette année les orages semblent prendre un plaisir pervers à se manifester de préférence le week-end.

Un petit tour par la Cité pour montrer aux pitchounets des chevaliers en chair et en os s’affronter en quelques joutes fort sympathiques bien que l’Histoire soit quelque peu malmenée et que les Français gagnent tout le temps.
Cecilia Flamenca
Puis cap à l’est vers la jolie chapelle champêtre N.D. de la Consolation à Fabrezan, village natal du bien-aimé Charles Cros, pour y découvrir un bout du festival eponyme. Avec Cecilia Flamenca, comme son nom l’indique chanteuse de flamenco de son métier, une personnalité musicale et humaine particulièrement attachante.

Rencontre aussi avec « Accordez Léon » deux jeunes qui font et racontent des bêtises, oui je sais ça arrive souvent, mais eux ils le font bien et en musique. On devrait donc reparler d’eux à l’occasion des "Molière(s)".

Pour terminer, un fondamental de la fête et de la culture estivales, le Festen’Oc de Camplong avec le traditionnel apéro fanfare (re-bonjour Rambalh e Sagan) et l’incontournable légende vivante béarnaise, Nadau, qui pour ses 40 ans de scène, a réuni plus de mille spectateurs sur le tarmac du terrain de loisirs. C’est bien connu on ne change pas une équipe qui gagne, surtout quand on l’idolâtre à ce point. Adisiatz brave monde et rendez-vous au prochain numéro

"l'Encantada" avec Rambalh e Sagan
L'instant glamour que tout le monde attend: la valse de Morlana
Le 5ème retour à Camplong du type au béret: 40 ans d'amour avec le public