19 octobre 2014

Petit souper entre amis


C’est toujours avec un frémissement de plaisir qu’on (re)prend le chemin de Cornèze, entre vignobles et roseaux, jusqu’au Théâtre dans les Vignes. En cette fin de semaine nous avions rendez-vous non pas dans la salle mais dans la « cantine » adjacente pour une formule inédite de théâtre gourmand. Au menu un texte autobiographique* de l’excellente Elizabeth Mazev, remarquablement interprété par Bernadette Boucher accompagnée par la troupe des comédiens amateurs de la Cie Juin 88. Sur fond musical de « Maritza » et le tout mis en scène de Michèle Heydorff, la maîtresse des lieux.
Au menu encore, servie par les mêmes comédiens, une succulente soupe au potiron - qui ne fut pas sans me rappeler celles que nous concoctait Sotha, au bon vieux temps du Café de la Gare - et un dessert maison, préparé avec amour, bien entendu. De quoi se sentir bien dans ce lieu chaleureux et d’autant plus magique que cette fois, un authentique et fabuleux magicien était de la partie. Franchement, que demander de plus? (what else?)

*Mon père qui fonctionnait par périodes culinaires et autres, de Elizabeth Mazev

Au fait aviez-vous jamais vu une mante religieuse au milieu d'une toile d'araignée (athée)? Eh bien voilà qui est fait.

9 octobre 2014

Automnalités

Vendanges à Serviès en Val
« Je t'offrirai des fleurs, et des nappes en couleurs, pour ne pas qu'Octobre nous prenne » chantait Francis Cabrel, sauf que chez lui là-bas à Astaffort je sais pas, mais ici l’Octobre est plutôt aimable cette année en nous offrant une espèce d’été indien version XXL.
Octobre c'est l'effervescence des vendanges, les ballets patauds de gros pontons bleus à roulettes qui vrombissent dans les rangées de vignes comme l’aéroplane de Vedrines dans le ciel azuré des belles années 1910. Deux types suffisent, c’est rapide, c’est rentable. Finis les porteurs larges d’épaules qui courbent l’échine sous le poids de la hotte, envolées les belles vendangeuses aux joues barbouillées de raisin écrasé, oubliés les capounades, les dius a vol, les casse-croûtes qu’on partage à la pointe du couteau, adossé aux roues des bennes, les mains noircies par le carignan.
T’as raison Francis, c’est plus comme avant. C'est curieux mais ces temps-ci on dirait que tout ce qui est humain a tendance à passer de mode. L’an prochain peut-être qu'il suffira de lancer l’appli « GrapesPickin » sur son smartphone pour lâcher une armada de robots vendangeurs téléguidés par GPS. C'est ça le progrès, manhàc

Merci aux copains vignerons qui organisent encore des vendanges à la main
...et des repas sous les tonnelles!
Et maintenant un peu de théâtre dans ce monde de brutes. Ça se passe à Fabrezan le dimanche 5 en matinée.

"Casina" à Fabrezan avec l'association Vacarme
La pièce s’appelle « Casina », elle est inspirée de Plaute [qui c'est celui-là?] et jouée par la Compagnie Masks on Stage. Grâce à l’immense talent des six jeunes comédiens cette farce antique prend du rythme et des couleurs, mêlant tous les langages et usant de la pantomime et des masques dans une mise en scène endiablée qui revisite les fondamentaux du théâtre comique et c’est particulièrement réussi. Un vrai régal!


Dernier flash-back vers le 28 septembre, toujours à Fabrezan, à la jolie chapelle champêtre ND de la Consolation (!) avec deux guitaristes classiques Régis Daniel et Pierre Millan-Trescases de Agua E Vinho. Ces deux musiciens  s’entendent visiblement comme larrons en foire. Et cette complicité contribue à la perfection de leur interprétation d’un répertoire essentiellement baroque agrémenté de quelques savoureuses pièces contemporaines habilement arrangées par ce duo fort sympathique.

Kiko, musicien, comédien, poète (1962-2014)
Samedi soir dernier Christophe Delmont (Kiko) s'en est allé jouer du banjo vers d'autres cieux. Ils ont de la chance dans l'au-delà, il va leur raconter des belles histoires, leur chanter des trucs marrants, les faire danser et tout... Mais nous, sans lui, c'est sûr que ça va être moins bien...


21 septembre 2014

Planches et plafonds

ECC Ferrals: la saison 2014-15 dévoilée
Jeudi 18. Tous les aficionados audois de culture avaient mis un nœud à leur mouchoir (et pas le contraire NDLR) pour ne pas rater l’annuel rendez-vous de l’Espace Culturel des Corbières de Ferrals où était (enfin) révélé le programme de la saison 2014-15. Une fois encore, en présence et avec le soutien bienvenu des élus du lézignanais, Dominique Grimault déroula le menu alléchant de nos soirées à venir (cf. agenda).
Quelques agapes plus tard, premier spectacle de choix avec Romeo et Juliette version Alexis Michalik. Il y a eu autant d’adaptations scéniques et filmiques de cette pièce depuis la Renaissance que de cèpes en Lozère durant la même période. Quelques-unes plutôt réussies et beaucoup de (très) ratées. Alors évidemment on ricane doucement, on l’attend au tournant le Michalik! Seulement voilà: rien à dire, on reste là bouche bée, émerveillé comme un gosse. Il est doué ce jeune! Je dirais même que quand le talent et l’intelligence se conjuguent à ce niveau-là, le théâtre nous procure de nouveau l’intense bonheur dont certaines avignoneries branchées nous avaient privés depuis belle lurette.
D’abord, jouer cette pièce avec juste trois comédiens - à défaut de créer de l’emploi d’intermittents - tient de l’exploit dramaturgique et sportif. Ensuite raccourcir ce beau (mais très long) texte est un travail délicat surtout quand on se permet en plus de lui coller quelques digressions, privautés et autres clins d’œil avec le public (et il ne se gêne pas le bougre!). Mais là encore c’est un sans faute. Le grand Willy n’aura pas à se retourner une fois de plus dans sa lugubre tombe de Stratford-upon-Avon. La drôlerie, la faconde, l’émotion, l’extravagance, la poésie de son œuvre sont bien là, intactes. Et même fort habilement exaltées. Bravo Monsieur Michalik, et surtout revenez à Ferrals quand vous voulez. Le jeudi 7 mai 2015? Avec « le Cercle des Illusionnistes »? Mais pourquoi pas, ce sera avec grand plaisir !
Romeo et Juliette par Alexis Michalik et ses collègues. Mieux serait probablement insoutenable
L'abbaye de Lagrasse (Fatty Abbey at twilight)
Vendredi 19. On connaît Lagrasse pour son abbaye (appelée communément l’abbaye de Lagrasse. NDLR) pour sa halle et son vieux pont, pour ses ruelles étroites, ses vestiges de remparts et ses maisons médiévales, mais on connaît moins Lagrasse pour ses plafonds peints. Voilà cette lacune comblée depuis que la municipalité, avec l’aide des collectivités locales, de la RCPPM et de la DRAC (mais aussi du CRIC, du CRAC et du PATATRAC. NDLR) a eu l’heureuse initiative de sortir de l’ombre et de sauver de la destruction ces fragments d’art populaire, réalisés entre le XIII° et le XVI° siècle, qui représentent avec grâce et humour des scènes de la vie quotidienne d’avant facebook. Bon nombre de ces petits chefs-d’œuvre font l’objet d’une exposition qui a été inaugurée en grande pompe ce vendredi à la Maison des Mémoires (ancien presbytère).


Une visite désormais obligée pour tous les amoureux d’art et d’histoire médiévale et tous les gourmands de patrimoine local. Cette soirée de vendredi se prolongea agréablement par un bref mais beau concert d’orgue à l’église (petit extrait ci-dessous)
puis par la projection sous la Halle d’un passionnant documentaire (ben sur les plafonds peints, tiens) et enfin par un succulent buffet apérotatoire sur la place de la Bouquerie (ô souvenirs) baignée par l’exceptionnelle douceur de l’arrière saison. Encore bravo à Lagrasse, à ses édiles et à ses producteurs de vins pour avoir mis les petits plats dans les grands pour ce prélude très réussi aux journées du patrimoine
Abadia de Lagorda: sol y sombra

27 août 2014

Fins de fête


Les dernières fêtes de l'été seraient-elles les plus belles?

TAURIZE: concours de pétanque derrière l'église et repas sous les lampions. What else?

La fête à Taurize est le rendez-vous chaque année des plus belles moules, des meilleures frites et de la grillade la plus conviviale de la Région Languedoc-Roussillon. Tout ça grace à un comité des fêtes remarquable par son efficacité et son sens de l’accueil. "Et tu danses, danses, danses, jusqu'au bout de la nuit..."
Hier soir à Ladern sur Lauquet, c’était le buffoli. Tous les ans je vous en parle mais pour les petits nouveaux ou ceux qui n’ont pas bien suivi je recommence, avec tout d’abord un peu d’histoire. Contrairement aux billevesées qui rapportent que ce serait une ancienne tradition carnavalesque qui remonterait au moyen-âge, il faut bien préciser que le buffoli est né à la fin du XIX° siècle à l’initiative de deux frères issus de l’immigration italienne: Bernardo et Geraldo Buffoli, d’où son nom. Le premier fabriquait des chemises de nuit et le deuxième des soufflets et comme ils s’ennuyaient à Ladern le dernier mardi du mois d’août, ils eurent l’idée de déambuler dans les rues du village avec les attributs de leurs professions. Des villageois se joignirent à eux, créant une farandole qui constitua le tout premier buffoli, le mardi 28 août 1894, il y a 120 ans. La tradition disparut pendant la guerre de 14 mais fut réhabilitée en 1922 dans sa forme actuelle par le baron Patric de la Tour de l’Ase à qui l’on doit aussi l’invention de la coulisse du trombone.

(en haut) Certains en profitent malheureusement pour prendre des postures obscènes (en bas) C'est parti pour une heure de cavalcade au rythme des musiques des fecos
Et pour finir le début de ce très beau poème de Gérard Rinaldi « c’est la fin de l’été, je suis seul sur la plage, dois-je rentrer à pied, ou à la nage ?» Bonne rentrée à tous.